Veuillez patienter… 

Vue de l’exposition Veuillez patienter…, à Saint-Herblain

Exposition collective de Naïma Rass, Pauline Rouet, Bettina Saroyan et Elise Drevet. 

Du 8 avril au 18 juin  dans la vitrine de l’ancienne pharmacie sur place Mendès France à Saint-Herblain. 

Les artistes Elise Drevet, Naïma Rass, Pauline Rouet et Bettina Saroyan investissent une ancienne pharmacie de Saint-Herblain. Occupant la vitrine de leurs ateliers, elles exposent leurs œuvres tissées, porteuses de signes multiples. Inspirées par le contexte électoral, elles ont créé à la lumière des rouages d’une politique bien ficelée. Le discours politique s’impose comme un fil supplémentaire avec lequel elles tissent. Conscientes des enjeux sociaux, politiques et écologiques qui se trament, elles approchent la réalité en invoquant les voies de la symbolique. Quelle place donner à l’imposture d’un système réglé par avance ? Il vous faudra jouer avec les cartes distribuées. La vitrine se trouve être un passage où filer la métaphore devient le mot d’ordre. Le tissage s’affirme alors en un moyen de communication afin d’entrelacer les luttes en marge et les rapports humains. Les artistes nous invitent à observer le monde tel qu’il est formé par avance et les pions tels qu’ils ont été triés sur le volet. L’échiquier et ses règles biaisées presque à découvert. Une partie des joueurs reste sur la touche et est contrainte d’observer, impuissante. Animées par le texte critique de Gébé ayant précédé l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, ces œuvres nous accompagnent pour percer à jour le système des élections présidentielles qui modèle à l’envie le dé et le réduit au minimum des possibilités. 

Le processus de tissage n’a plus rien de sympathique, il est un acte pirate. En récupérant les morceaux de tissus, Naïma Rass établit de nouveaux regards et porte une valeur à la chute. A partir de cette matière préexistante, elle en compose deux patchworks inspirés des banderoles accrochées aux fenêtres et celles brandies en manifestations. En associant ses coutures à des objets trouvés, Elise Drevet incorpore de nouveaux symboles qui participent au rebut général. Elle aborde la borderie comme une manière de « pirater une trame ». A l’image d’une hacker, elle va, avec Pauline Rouet, jusqu’à utiliser les points au revers du motif pour créer un nouveau langage codé, une sorte d’écriture braille sans relief. Bettina Saroyan forme ses tapisseries dans l’esprit du paradis perdu de l’enfance en entremêlant fragments de pyjamas, de draps, de vêtements divers. Pauline Rouet fait montre d’une sensibilité similaire en établissant un métier à tisser fait maison avec lequel elle peut reproduire le geste traditionnel des tisserandes. Chacune nous enveloppe de leurs histoires et de leurs contradictions.  

S’affranchir des techniques mécaniques et s’adonner à la patience d’un ouvrage manuel, c’est porter une attention à la prise de contrôle totale sur son ouvrage. Jamais l’ordre ne pourra parfaitement se produire. L’imperfection de la main prévaut. Elle crée des interférences dans le motif et un rendu modeste et libéré. L’objet tapisserie, vecteur de sensibilité, fait déborder l’expressivité vers l’extérieur, hors des rangs de la chaîne. Ce débordement sauve la part infime d’humanité de notre société. La licorne de Bettina Saroyan, à mi-chemin entre le monde de l’enfance et celui de l’adulte habité par la rage, est en cela une allégorie du monde humain, du toucher, du sensible. Inspirée de la Chasse à la licorne, une tapisserie réalisée entre 1495 et 1505, elle porte la tradition vers une lecture contemporaine du déracinement puisé dans 2001, L’Odyssée de l’espace (1968). La licorne et l’arbre rendent compte de l’humanité en perte de repère, en colère et sur la défensive, mais qui toutefois se laissent approcher par la technologie. La carte perforée des premiers métiers à tisser Jacquard représentée en surplomb de l’animal s’adjoint au leet speak et tisse une trame de l’histoire de la technologie et de l’encodage dans les premiers temps d’internet. 

Le langage oscille entre sensible et intelligible et fait figure de résistance. Les quatre artistes ont ainsi trouvé leur voix commune, une essence qui leur est propre et coïncide avec les particularités  du médium. L’héritage féministe du tissage charge tout autant l’ensemble d’un message à portée collective reliée à ces femmes qui les ont précédé. Les tapisseries et les patchworks n’ont alors pas vocation à être silencieux. La parole s’active par l’intermédiaire de slogans libérateurs et innocents. Elles se servent du texte comme le véhicule d’une annonce sobre et conventionnelle. « Tout est en ordre » nous assurent les CRS après leur passage. A force de tirer les fils, le mot se transforme en essai politique au caractère extensible. La lecture s’établit du passage d’une oeuvre à l’autre dont le revers contribue tout autant au déchiffrement de l’ensemble. 

Ce dé tissé aux côtés de la roulette, du jeu de carte, du masque est-il toujours régit par le hasard ? A travers une tranquillité apparente, le jeu étale toutes ses facettes. Soi-même participant.e, nous incarnons des personnages différents pour flouer nos adversaires. C’est un véritable théâtre qui se joue ici. L’image de l’horloge rappelle la patience réclamée après que l’annonce criée du croupier, « rien ne va plus ! », ne soit lancée. Le bulletin de vote plongé dans la roulette, le temps n’est plus qu’attente mais la désillusion est celée depuis le départ. Vous pouvez dors-et-déjà tirer un mouchoir pour essuyer vos larmes. Les tapisseries montrent toutefois un engagement profond et l’espoir d’un tournant. Un sentiment proche du flottement vertigineux de la chaise en équilibre sur la falaise. « Juste avant de tomber », le basculement type du moment critique. Quelle sera la chute ? C’est quitte ou double, alors faites-vos jeux, malgré tout. Une part d’aléas résiste.   

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